Je suis une enfant d’après

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Aujourd’hui, c’est la journée de sensibilisation au deuil périnatal. Ce sujet me touche particulièrement et je voulais apporter ma petite contribution, minuscule certes, mais je fais ce que je peux.

Alors, évidemment je me dis que les parents qui ont vécu ce drame et qui le souhaitent vont témoigner et je pense qu’eux seuls sont ici légitimes. Après,  que dire… Faire un article pour expliquer à quel point je trouve cela terrible pour ces parents et leurs familles, c’est parler pour ne rien dire… Tout ça, ce ne sont que des banalités… S’agissant des aspects plus scientifiques, des différentes causes, des chiffres ect… , je pense qu’il y a des gens qui ont de réelles connaissances sur le sujet et qu’il vaut mieux laisser ces gens  s’exprimer sur le sujet, que raconter n’importe quoi car on ne sait pas vraiment de quoi on parle. Alors, je réfléchis et ça m’apparait comme une évidence. Moi aussi, je suis légitime sur ce sujet,  pas celle à laquelle tu peux penser, je n’ai jamais connu cette douleur, mais je suis une enfant d’après.

Mes parents ont vécu un véritable drame avant ma naissance. En effet,  un an avant ma naissance, ils ont perdu un enfant in utero suite à une circulaire de cordon, un noeud de cordon. ( Concrètement, le cordon ombilical s’est enroulé autours du cou du foetus et a formé un noeud qui en comprimant le cordon a interrompu ou limité les échanges sanguins avec la mère.) Ils ont vécu l’indicible avant ma naissance.

D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours su que j’avais une soeur. En effet, mes parents ont toujours voulu qu’on le sache, afin d’éviter qu’on ne l’apprenne par quelqu’un ou qu’on se fasse des films sur les raisons pour lesquels on nous avait caché son existence. Je me rappelle que petite, il y a eu une période où j’en ai beaucoup parlé avec ma mère: je voulais savoir comment elle était.Dans mon esprit de petite fille, elle devait être comme moi, avoir les yeux et les cheveux d’une certaine couleur, aimer jouer à la poupée ou à la barbie… Je me suis aussi interroger à une époque pour savoir si j’avais vraiment été voulue ou si je n’étais qu’une « enfant de remplacement ». Ces souvenirs correspondent à ma petite enfance, je ne me souviens donc pas  exactement de tout et je serais donc incapable de dire comment ma mère a su me rassurer, mais elle a réussi.

Globalement, je peux dire en tout cas, que j’ai eu une enfance heureuse, j’ai été choyée par mes parents. Alors évidemment, ce drame a joué  un rôle dans la construction de notre famille. Mes parents et surtout ma mère était bien plus stressée et angoissée que la plupart des mères, j’étais cette petite princesse qu’on chérit par dessus tout et peut-être d’une manière encore plus intense que de nombreux autres enfants. Mais de nombreuses autres circonstances malheureuses font que certains parents ont plus conscience que d’autres de la valeur et la fragilité de la vie d’un enfant. Je pense que mes parents ont réussi à surmonter cette épreuve et à nous élever d’une manière plus que satisfaisante en faisant  nous,des adultes relativement équilibrés et heureux.

Après, cela fait parti de mon histoire familiale, j’y ai notamment beaucoup pensé lorsque j’étais moi même enceinte. J’ai harcelé ma gynécologue, puis mon obstétricien pour voir le cordon ombilical et m’assurer par moi-même qu’il était bien loin du cou. Mais, pour être honnête, je dois avoué que ma grossesse était compliqué pour d’autres raisons aussi, et donc il m’est impossible de  faire la part des choses quant à l’impact des différents éléments sur le stress que je ressentais. Après même si elle n’en a rien dit, je sais que ma  grossesse a renvoyé ma mère à ce drame, un peu comme ses propres grossesses, même si dire qu’elle était heureuse est un doux euphémisme!

Je voudrais donc ici apporter une note d’espoir si un de ces parents me lit. La douleur que vous ressentez, personne ne peut la comprendre,ou  en prendre la mesure. Si vous décidez d’avoir d’autres enfants, les grossesses seront évidemment plus éprouvantes pour vous que pour la plupart des gens. Mais, il est possible de vivre avec cette souffrance, d’avancer, d’être heureux dans la vie, d’avoir des enfants. Cet évènement sera une part de leur histoire à eux aussi, mais en aucun cas, cela n’aura d’influence négative sur eux. Toute famille a dans son histoire des évènements malheureux, et dans certaines familles, c’est la perte d’un enfant avant notre arrivée.

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